Think I'm losing my mind now ▬ Vyranui
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 Think I'm losing my mind now ▬ Vyranui

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Dim 5 Mar - 19:07


Grim Solheim
puisses-tu courir sous la Lune

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▹ PSEUDO : Talim ▹ EMPREINTES : 215 ▹ ARRIVÉE EN VILLE : 29/01/2017 ▹ AGE DU PERSO : 40 ▹ LOCALISATION : Fraîchement débarqué à Bergen ▹ HUMEUR : Calme et froid.

CROCS PRÉFÉRÉS
✤ MES COMPETENCES:
✤ MON INVENTAIRE:



Lieu et date du rp : Chambre 318 du Scandic Strand Hotel puis la forêt profonde, mi-février en début de nuit.
Protagonistes: Grim et Vyranui
Résumé du rp: 'Ivre', Grim essaie de rejoindre la forêt pour se transformer mais l'effet qu'il pense du à l'alcool sur son esprit ralentit considérablement sa transformation et le coince dans un état intermédiaire. Vyranui le trouve.
Actions réalisées au cours de ce rp: à venir

&

Cela faisait à présent deux semaines qu’il se trouvait à Bergen. Autorisé par le roi en personne Solskinn Forslove, à arpenter les différents recoins de la ville sans être inquiété par la milice du roi – entendez ses Traqueurs – Grim avait pris ses quartiers dans un hôtel non dépourvu de charme juste en face du port de la ville. Ayant par chance la chambre du bout du couloir, il jouissait d’une vue imprenable sur la rue en contrebas, la ligne flottante et paisible des bateaux en arrière-plan que surplombaient trois petites collines peu élevées clairsemées d’habitations au style typiquement norvégien. Une vision qu’il ne se lassait pas de contempler.
Chaque nuit passée à l’hôtel faisait grandir un peu plus la petite fortune qu’il laissait à l’établissement mais le loup n’était en rien décidé à trouver un toit autre que celui qu’il avait en ce moment. Ce n’était pas les moyens qui manquaient et ce malgré l’arrêt récent de son activité d’avocat ; sans doute était-ce l’envie. Il prospectait néanmoins chaque jour, se promenant dans les différents coins de la ville, discutant peu avec autrui mais observant constamment. Quelque chose cependant manquait à chaque fois pour lui donner l’envie de rester, d’acquérir, de louer ou d’acheter. Il peinait à se représenter un avenir dans chaque rue qu’il visitait. Etait-ce de la paresse en train de s’installer qui l’empêchait de trouver ? L’idée de se retrouver seul à tout faire chez lui, sans aucune autre compagnie que le silence et sa solitude ? S’était-il habitué à se faire servir, lui qui avait toujours pris soin de s’occuper des autres avant lui … Il aurait juré que non mais enfin, bon.

* * *

Ce soir, comme les autres soirs, les pensées du loup dérivaient. Seul dans sa vaste chambre d’hôtel, sans personne d’autre vers qui tourner son esprit et ses paroles, il revenait invariablement à celle qu’il aimait. Celle qui n’était plus. Ses occupations de la journée suffisaient à garder son souvenir éloigné de lui mais ses soirées étaient bien plus vides, bien plus propices à rouvrir les blessures qu’il tentait de maintenir muettes et fermées. Ce n’était pas tant qu’il cherchait à l’oublier mais il ne pouvait détacher la culpabilité et le remord qui accompagnaient désormais chacun de ses souvenirs avec Alena. Et Fenrir savait la souffrance qu’occasionnaient de tels ressentis sur le cœur du grand loup. Il avait tué sa femme, il ne pouvait vivre en paix. Ni aussi vite, ni en ayant abandonné la meute entière pour échapper à leur écœurante reconnaissance. C’était ainsi.

Grim ignorait qui du loup ou de l’humain le poussait plus à faire ce qu’il s’apprêtait à faire. Ce n’était pas la première fois et ce ne serait sans doute pas la dernière. Pourtant il savait, il avait appris comme n’importe lequel de ses semblables que l’alcool restait sans effet sur l’organisme des Loups. Question d’hypermétabolisme autant lié à la nature lupine qu’à celle du mutant de deux espèces. Il n’avait pas besoin d’être biologiste ou d’avoir étudié 10 ans de médecine pour savoir que l’effet qu’il ressentait lorsqu’il buvait n’était probablement que pure invention de son esprit. Placebo, nocebo, hystérie individuelle ou hallucination spirituelle, peu importait le terme que les scientifiques emploieraient pour décrire ce phénomène. Grim ressentait ce qui se rapprochait le plus de l’ivresse d’un être humain. Il lui fallait des quantités bien supérieures mais l’effet demeurait le même. Et par-dessus tout lorsqu’il buvait au point d’en rendre son esprit et son corps persuadés de leur ivresse ; la douleur s’atténuait. Elle se changeait en une sorte de transe douce et amnésique, engourdissant ses pensées, éloignant la culpabilité et le ressenti que le loup éprouvait envers lui-même. Ne subsistait alors que les contours de cette louve ; cette louve qu’il avait aimée tant et si fort qu’ils auraient pu s’unir sous la Lune s’ils n’avaient raison garder. La silhouette d’Alena, les traits fins de son visage, son regard et les demi-lunes que dessinait son sourire sur ses joues, sa voix et son rire, ses mains délicates sur le visage de Grim … Tout lui manquait en elle. Le vide dans son cœur était abyssal et la plainte qui montait de son âme à sa gorge ne pouvait souffrir son apparence banalement humaine.

Le regard voilé, l’homme passa une main sur ses yeux pour en effacer la peine. Il devait se transformer. Là. Maintenant. L’instinct était plus fort que le reste. Il avait besoin de se transformer. C’était viscéral. Adresser sa peine aux étoiles. Décharger son cœur d’homme de toute cette souffrance. Laisser la Lune panser son âme et souffler sur ses blessures. Mais sa chambre d’hôtel n’était guère propice à la mutation. Si quelqu’un entrait, si quelqu’un le voyait. Les loups n’étaient plus un secret à Bergen mais ce n’était guère une raison pour laisser un loup se balader en pleine rue. Il devait bouger, trouver un coin de forêt proche où ombre parmi les ombres, il ne serait pas repéré par des yeux humains.

Le visage fermé, les larmes de son cœur jugulées, l’homme sortit à grands pas de l’hôtel et monta dans sa voiture sans un seul regard pour le portier. Il démarra en trombe, sentant que son cœur s’accélérait à l’idée de sa prochaine transformation. La première étape était toujours celle-ci, son corps se préparait, son myocarde pompait plus fort, plus vite, bientôt ses os se briseraient et se remanieraient. Atteignant la sortie de la ville avant que le moindre os ne se brise, Grim sortit de la route principale pour s’enfoncer sur la première route forestière qu’il trouva. Essayant de respirer calmement, le loup se remémora qu’il contrôlait sa transformation habituellement. Vieux et entraîné au sens lupin du terme, il avait appris certains stratagèmes pour la retarder, la ralentir. Il pouvait néanmoins rarement l’éviter lorsqu’elle s’imposait aussi intensément à lui. Retenir la partie animale en lui était de toute façon une chose qu’il répugnait faire. C’était une part de lui autant que l’humaine. Si l’on pouvait éduquer un humain à certaines règles sans lui dénier son droit de vivre alors pourquoi ne pouvait-on le faire avec le loup ? La sauvagerie de l’animal n’était qu’un prétexte. Un Loup ne devenait un sauvage que lorsqu’on l’y poussait et qu’on l’acculait.

Arrêtant la voiture lorsqu’il estima être assez éloigné de la route principale et des éventuels promeneurs nocturnes, il s’en extraya avec difficulté et réalisa alors qu’une fois debout, il tanguait dangereusement. Un miracle s’il n’avait tué personne en sortant de la ville … Il claqua la portière, ferma la voiture et s’enfonça en titubant dans les bois. Aucune lumière, pas même celle de l’astre céleste ; Grim s’arrêta près d’un arbre pour reprendre sa respiration, s’y appuyant d’une main tendue. Son cœur battait à nouveau à grands coups, il sentait le sang affluer au niveau de ses tempes. Tombant à genoux, il réalisa qu’il était encore habillé et entreprit de se débarrasser de chaque vêtement avec la maladresse que confère une trop grande quantité d’alcool sur un esprit en recherchant les effets. La nuit n’avait jamais été aussi noire, il ne vit pas de coin où cacher ses vêtements et les laissa éparses au sol, ne les retrouvant pas tous dans l’obscurité.

La plainte qu’il avait ressentie au plus profond de lui revint le submerger. Malgré lui, un gémissement à la frontière du loup et de l’homme lui échappa. Nu et exposé, Grim sentit les fibres et chaque cellule de son être se livrer à la transformation que son esprit lui réclamait. Il connaissait chaque sensation par cœur, savait la durée moyenne qu’il lui faudrait pour passer d’un état à l’autre. Cette fois il sentit cependant que tout ne se passerait comme prévu. L’esprit embué par les effets placebo de l’alcool qu’il avait consommé, il céda néanmoins. Ce n’était pas comme s’il avait quelconque moyen de lutter de toute manière. La douleur, à laquelle il était habitué suite à de nombreuses transformations, lui rappela cette fois celle de ses débuts. Remontant le long de ses jambes comme des trainées de feu, elle laissait derrière elle une sensation cuisante et pénible qui s’accrut lorsque le processus de la transformation atteignit le haut de son corps. Tombé à quatre pattes, Grim serra les mâchoires et courba la nuque pour endurer la douleur. Cela faisait longtemps que la sensation d’être écorché vif avait été remplacée par une impression moins douloureuse, il en avait presque oublié le vécu. Il se prenait de plein fouet les conséquences qu’occasionnait un éthylisme massif. S’il freinait la psychomotricité d’un humain lambda, il ralentissait considérablement la transformation lupine de Grim et accroissait de ce fait les douleurs qu’il ressentait, prolongeant son supplice. S’il n’avait pas été habitué à entraîner la meute, à se prendre des coups de crocs et se faire mal régulièrement, il aurait probablement hurlé de douleur beaucoup plus tôt. Mais il avait aussi sa fierté.

Elle vola en éclats quand ses os se brisèrent un par un avec une indescriptible lenteur. Déjà à quatre pattes, Grim tomba sur ses coudes et laissa échapper une exclamation étouffée. Fermant les yeux pour se reprendre, se concentrer, il sentit que son corps entier était parcouru de violents frissons. Il passa une langue rapide sur ses lèvres et tâcha d’ignorer les larmes de souffrance qui roulaient, silencieuses, sur sa chair incendiée. Son esprit ne pouvait se raccrocher à celui d’Alena pour l’aider. Il ne pouvait que ressentir, endurer et pressentir chaque trame de la mutation en train de se produire. S’il n’arrivait pas au bout, il ignorait ce qu’il se produirait. La souffrance était telle chaque fois qu’un os se brisait, que sa peau se déchirait un peu plus, il en était presque réduit à souhaiter que cela s’arrête. Mais faire marche arrière était impossible. Il ne pouvait qu’aller dans un sens pour le moment. Et la moitié de la transformation n’était même pas achevée …

Fort de cette conviction et songeant qu’après tout, il allait souffrir quoiqu’il se passe, Grim força son esprit à se concentrer et avancer la transformation. Son corps était couvert de sueurs et agité de tremblements incessants. Ses poumons expiraient un souffle rauque et brûlant. Si quelqu’un s’était trouvé dans les parages et avec un peu de lumière, il aurait sûrement distingué le changement de couleur des prunelles de Grim. Elles avaient à présent une teinte orangée, douloureux écho au brasier incandescent qu’il ressentait dans tous ses membres. Ses jambes commençaient seulement à se couvrir de fourrure et acquérir la forme de pattes.
Ses mains se couvraient lentement de poils d’un noir de jais quand Grim sentit son esprit vaciller. Faiblir. Une pensée glaçante lui étreignit soudain les tripes ; il n’allait pas y arriver. Il n’allait pas pouvoir aller jusqu’au bout. L’accélération brutale de son cœur causée par la peur permit malgré elle d’avancer encore un iota de la transformation mais le loup savait d’avance que ça ne suffirait pas.

Il avait besoin d’aide.
Et vite.
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Jeu 25 Mai - 20:54


Vyranui Wahlberg
puisses-tu courir sous la Lune

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▹ DC/TC : Edwina S. Svanhildesen, Ester L. Braaten. ▹ PSEUDO : ODAYA OCHAVEN, fondatrice pour vous servir ! ▹ EMPREINTES : 343 ▹ ARRIVÉE EN VILLE : 21/09/2016 ▹ LOCALISATION : Quelque part dans les ombres de Bergen. ▹ HUMEUR : Mauvaise, sombre.

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✤ MES COMPETENCES:
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La nuit était tombée depuis plusieurs heures sur la ville et Vyranui venait pourtant de fermer boutique. Les clients avaient afflué toute la journée et, comme il arrivait parfois, quelques loups s’étaient présentés, blessés ou en quête de soulagement, vers les dernières minutes d’ouverture. Evidemment, elle avait accepté de monnayer les soins, étant donné que les loups en question n’étaient ni des blonds, ni des roux. Seul souci, elle avait du coup fermé boutiquer beaucoup plus tard que d’habitude. Un rapide SMS à son fils et à son fiancé pour les prévenir de son retard, avant qu’elle ne prenne la direction de la forêt, là où elle y avait installé sa maison. Vyra comme toujours, n’avait pas pris sa voiture. Elle n’aimait pas plus que ça conduire et préférait largement muter. Certes, c’était un peu compliqué parfois, mais elle trouvait toujours un moyen de se débrouiller, surtout via son don de meute qui lui permettait de sortir de quelques situations délicates. Enfin, son pelage l’aidait également beaucoup, se mêlant aux ombres de la nuit.
Rapidement, elle prit la direction de la forêt, attendant néanmoins d’être à l’orée de celle-ci pour débuter sa transformation. Vyranui avait toujours été sauvage, que ce soit sous sa forme animale ou sous sa forme humaine. Elle appréciait totalement sa nature et était en parfaite adéquation avec celle-ci. Ainsi, les mutations, bien que douloureuses, restaient un moment de plaisir car elles lui permettaient de retrouver une partie d’elle-même à laquelle elle n’avait accès qu’après la mutation. Sa louve, ou sa forme lupine plutôt, était une partie si importante de sa personne qu’elle ne se voyait pas se passer de mutation. Pour elle, muter une fois par semaine était le minimum. D’autant plus qu’elle se sentait plus en harmonie avec la Lune et Fenrir, se rapprochant de ce dernier, de ses croyances et à n’en pas douter, de son don. C’était le moment préféré de la journée, celui où elle s’élançait sous forme lupine, courant après les astres et profitant de la beauté de son corps, de la musculature de sa forme animale. C’était un moment divin, dont elle profitait allègrement, comprenant la chance qu’elle avait eu. La chance que Fenrir lui avait donné d’être si particulière, d’être différente.

Alors qu’elle courait, profitant de la nuit tombée, elle sentit une aura bousculer la sienne. C’était sans doute involontaire, cette dernière étant débridée, incertaine, faible. Curieuse, la louve se fondit dans les ombres de la forêt, cherchant d’où elle pouvait provenir. A quelques mètres d’elle, un solitaire, coincé entre les deux formes. Elle ne le connaissait pas, mais sans même comprendre ce qu’elle faisait, se précipita à son chevet. Il pouvait être le pire être de la planète, même en tant que louve noire, elle ne choisirait pas une mort aussi horrible, d’autant qu’elle était plus que croyante. Elle courut vers le loup et lança son aura, ainsi que ses prières vers le loup. Elle espérait que sa simple aura suffirait, sans savoir vraiment ce qu’il adviendrait du loup. Et s’il mourrait, coincé entre deux formes ? En un être immonde, ne ressemblant à rien d’autre ? Elle ne voulait pas voir ça, au nom de Fenrir, ce n’était pas quelque chose qu’elle souhaitait voir ou expérimenté. Jamais. Elle lança son aura, espérant qu’il puisse s’y raccrocher, que ça l’aiderait à achever le travail.


But I must explain to you how all this mistaken idea of denouncing pleasure and praising pain was born and I will give you a complete account of the system, and expound the actual teachings of the great explorer — .
And maybe, i'will save your heart.
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Jeu 15 Juin - 12:20


Grim Solheim
puisses-tu courir sous la Lune

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▹ PSEUDO : Talim ▹ EMPREINTES : 215 ▹ ARRIVÉE EN VILLE : 29/01/2017 ▹ AGE DU PERSO : 40 ▹ LOCALISATION : Fraîchement débarqué à Bergen ▹ HUMEUR : Calme et froid.

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La transformation n’avançait presque plus.
Le corps et l’esprit éreintés, le vieux Loup haletait dans la nuit. La douleur avait chassé l’alcool, il n’en ressentait plus vraiment les effets. Tout ce qu’il éprouvait à présent était la douleur. Douleur dans ses os. Douleur dans sa chair. Dans son esprit. Il ne sentait plus les larmes rouler sur son visage, le reste de son corps lui faisait trop mal pour songer encore à ce fait. Ce n’est qu’en la sentant arriver, courir jusqu’à lui, que le loup prit le dessus sur ses blessures. Il lança un regard noir d’avertissement accompagné d’un grondement à la louve qui se précipitait sur lui. Il était encore à moitié humain, en mutation, n’avait-elle aucune honte d’elle-même à attaquer de la sorte ?

C’est en sentant la poussée inquiète et volontaire de son aura contre la sienne que Grim comprit qu’il se méprenait. Complètement. La louve qui se tenait près de lui était une Guérisseuse et par dieu sait quel moyen, elle avait entendu l’appel qu’il n’avait pas lancé. Elle venait à son aide. Abandonnant la posture pseudo-menaçante qu’il pouvait se permettre sous cette forme hybride pour la laisser approcher, le loup ne cessa néanmoins pas de gronder. Afficher ses faiblesses, même lorsqu’on était simple solitaire, ne relevait pas d’un acte de volonté. C’était folie que de s’exposer ainsi. Et Grim le savait. Si elle le voulait, s’il lui prenait la moindre envie de l’humilier et de l’achever, là, la louve était largement en mesure de le faire. Il était à sa merci. Littéralement. Son grondement était là pour leur rappeler à tous les deux : il détestait cette situation, se sachant vulnérable. La présence de la Guérisseuse allait néanmoins se révéler d’une aide précieuse.

Soutenant l’aura du solitaire de la sienne, la louve jeta ses propres forces dans la transformation afin d’aider l’esprit éreinté à achever ce qu’il avait entamé. L’instant n’était guère à la méfiance, son corps et son esprit souffraient trop de cette hybridation précaire pour le laisser s’interroger sur les motivations de la louve. Encore moins pour éprouver une quelconque honte. Sa fierté se chargerait de le morigéner dès la transformation achevée. Pour l’instant, il s’agissait surtout de se laisser soutenir. Aidé par la force de la louve, Grim parvint à relancer l’engrenage douloureux de sa lupinification. Contractant ses mâchoires pour ne pas gémir tout haut lorsque les os de son visage se brisèrent et allongèrent sa bouche en une gueule deux fois plus grande, il lança à son tour les forces qu’il lui restait pour terminer au plus vite ce supplice. Sa colonne s’allongea ainsi que ses bras et jambes et lorsque la fourrure acheva de le recouvrir entièrement, il était enfin loup. Intégralement.

Les premières secondes, il vacilla, tête basse, les pattes faiblardes. Jamais transformation n’avait autant consommé son énergie. Les effets de l’alcool avaient cette fois véritablement disparu et son esprit, bien qu’épuisé, avait chassé la brume léthargique qui l’environnait quelques heures auparavant. Il allait devoir dormir sous cette forme s’il voulait retrouver assez d’énergie pour se transformer dans l’autre sens. Pour le moment, le loup songeait surtout à celle qui se trouvait toujours près de lui. A défaut de pouvoir la regarder, il la sentait, par l’odorat et par l’aura. Elle ne semblait pas prête à l’attaquer. Elle patientait, attentive aux mouvements de l’énorme loup noir qu’elle venait d’aider. Que ce soit sous cette forme ou l’autre, Grim ignorait comment il pourrait jamais racheter pareille dette. Sa honte était immense, étranglant la reconnaissance qu’il était censé éprouver à ce moment. A vrai dire il l’était, reconnaissant, mais aucune attitude ne lui semblait appropriée pour le signifier. Sans doute la Guérisseuse comprenait-elle ; elle faisait partie d’une meute, elle savait comment tout cela fonctionnait et ô combien un solitaire ne pouvait se permettre de paraître faible. Il pouvait déjà s’estimer heureux qu’elle ne lui saute pas à la gorge maintenant sa transformation achevée.

Exécrant cette envie de fourrer son museau sous sa patte, il maintint simplement sa queue en position basse, signifiant à la louve qu’elle était quoiqu’il arrive supérieure à lui à cet instant. Il n’était pas effrayé mais il ne pouvait s’écarter de l’idée que sans elle, Fenrir l’aurait probablement abandonné à mi-chemin entre ces deux formes de vie. Leçon ou punition, il était encore trop tôt pour le dire.

Le museau pointant toujours vers le bas, le regard perdu sur le sol, Grim poussa finalement un long soupir qui gonfla un instant son poitrail parsemé de poils noirs et blancs. Il leva son attention vers la louve et la regarda enfin. Plus petite que lui, elle se fondait parfaitement dans l’obscurité avec son pelage d’encre. Comme nombre de ses semblables Guérisseurs, elle n’était pas taillée pour le combat ou la traque, ses attaches étaient trop fines et délicates pour cela. A ses côtés, Grim passait probablement pour encore plus massif. Un géant noir aux lourdes pattes. Cela n’empêchait pas le solitaire de la considérer selon le rang et le respect qui lui étaient dévolus, ce d’autant qu’elle l’avait tiré du plus mauvais pas dans lequel un lycan puisse se retrouver. Il ne pouvait se soumettre à elle,  car elle n’était pas le Roi, mais le doux et lent gémissement qu’il lui adressa valait pour preuve la reconnaissance éternelle qu’il aurait envers cette louve.

Se rappelant la raison première de sa transformation ce soir, le loup jeta un dernier regard à la louve et s’éloigna. Il ignorait d’où elle venait. Il ignorait où elle allait. Il la laissa donc décider de le suivre ou non. Après tout, peut-être aurait-il encore besoin d’elle … L’idée ne le ravissait pas mais il ne pouvait malheureusement nier son état de fatigue. Il ne se retourna pas mais la légère trace d’aura qu’il laissa à l’attention de la louve suffirait comme invitation. Lentement, il s’enfonça dans la forêt.
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