Long Nights {Teddy}
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 Long Nights {Teddy}

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Lun 26 Nov - 22:30


Protecteurs

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▹ PSEUDO : C. ▹ EMPREINTES : 21 ▹ ARRIVÉE EN VILLE : 18/11/2018 ▹ LOCALISATION : Dans les pattes d'un sale gosse. ▹ HUMEUR : Blasée.

CROCS PRÉFÉRÉS
✤ MES COMPETENCES:
✤ MON INVENTAIRE:



Lieu et date du rp : Fin octobre 2019. Aéroport de Bergen, puis appartement de Teddy et Eddie.
Protagonistes: Teddy Sullivan & Elena Dwayne
Résumé du rp: Teddy débarque en Norvège pour profiter de son année sabbatique et découvre qu'Eddie a été missionnée pour l'accompagner pendant son voyage. Récit d'une installation.
Actions réalisées au cours de ce rp: nada


LONG NIGHTS



« Have no fear
For when I'm alone
I'll be better off than I was before »

Quinze jours, déjà, et elle ne s'y fait toujours pas. Eddie jette un regard vide vers la fenêtre, et la nuit. La nuit omniprésente, possessive et déprimante. Soupir et damnation, tandis qu'elle se penche sur la paperasse qui a inondé la table du salon. Une tasse de café fumante entre les mains, la protectrice fait le point une dernière fois sur les démarches administratives pour faire reconnaître ses licences américaines sur le territoire norvégien, une formalité de plus dans le bordel des quinze derniers jours au cours desquels Eddie s'est épuisée à mettre en place une nouvelle existence pour un loup assoiffé de liberté. Il la détesterait dès qu'il la verrait, elle le sait. Redressant le museau pour contempler l'immensité silencieuse de l'appartement, la jeune femme ramène ses jambes contre sa poitrine, abandonne son menton à l'angle d'un genou et observe l'endroit avec attention. Un plafond blanc, veiné de poutres apparentes d'un bois chaleureux, qui zèbre les murs et recouvre le sol d'un parquet vitrifié réchauffé, ça et là, de quelques tapis épais. La pièce à vivre est vaste, rassemble cuisine, salle à manger et salon. Un comptoir fonctionnel pour une cuisine américaine. Deux canapés en cuir sombre pour dégager l'espace, autour d'une table basse et d'une télévision qu'elle s'est donnée la peine d'équiper d'une ou deux consoles qu'Andrea lui a conseillé d'acheter. Des bibliothèques presque vides attendent d'être envahies selon le goût des occupants. Et la grande table, flanquée de chaises à la banalité moderne. Des meubles suédois, majoritairement, dans un appartement norvégien. Et puis des lampes partout, pour simuler l'aube, le jour et le crépuscule. Elle a entassé des coussins et des plaids dans tous les fauteuils pour qu'il puisse se réchauffer malgré le froid qui règne en maître sur la petite ville de Bergen. Ils sont à des années lumières de Harlem.

Les deux chambres sont séparées par la pièce à vivre, volontairement lointaines, chacune agrémentée d'une salle de bain. La sienne est occupée depuis deux semaines, déjà, ou un peu moins que ça. Un lit, des couvertures et des plaids, une étagère et un fauteuil gigantesque pour recevoir sa carcasse. Son dressing est flanqué d'une impressionnante armoire sécurisée pour accueillir ses armes préférées qu'elle s'est empressée de déclarer. La plupart de ses affaires sont encore fourrées dans le fond de son plus grand sac militaire, qu'elle ne s'est pas encore donnée la peine de vider. Elle est comme ça, l'américaine, toujours prête à repartir, à tout plaquer, tout abandonner, elle qui ne sait plus comment s'accrocher ou persister. Un sourire tord ses lèvres tandis qu'elle contemple la porte ouverte de la seconde chambre, la plus grande. Un lit, un placard, quelques cartons qu'il a fait envoyer, dont sa mère s'est occupée sans lui préciser les modalités de son arrivée sur place. La seule pièce laissée vide est mitoyenne à la chambre de Théodore, destinée à lui servir de bureau. Et dans le fond de l'air, quelques notes de blues font pulser le silence. L'endroit est confortable, à défaut d'être exactement ce qu'il a demandé. À défaut de pouvoir lui offrir la solitude à laquelle il entendait prétendre.

La bestiole se fera discrète, disparaîtra au boulot dès qu'elle en aura trouvé un, puis dans les bars lorsque l'heure le lui permettra. Elle désertera des nuits entières, s'il le faut. Parce que le loup n'a pas choisi la vie qui l'attend ici, parce que sa famille l'a fait pour lui.

Teddy atterrit à 13h20. Maman lui a dit qu'elle lui avait commandé un taxi. Essaye d'être à l'heure.

L'écran de son ordinateur lui dégueule l'information outre-atlantique, sans la moindre délicatesse. Évidemment, personne ne lui a rien dit, de peur qu'il ne change ses plans et oblige Eddie à recommencer son bordel à un autre coin de la planète. Évidemment, ils ont préféré lui laisser l'inconfort de la découverte. À croire que leurs rapports n'étaient pas assez compliqués ces vingt dernières années... Haussant des épaules, elle referme la machine de malheur et s'arrache à sa paperasse, qu'elle range rapidement avant d'aller se doucher pour mieux sauter dans un jean et un pull noir, une paire de bottes solides et un manteau suffisamment chaud pour ne pas crever d'hypothermie sans handicaper ses mouvements, histoire de pouvoir conduire l'imposant 4x4 qu'elle a loué pour l'occasion.

Et la bagnole avale des kilomètres de routes cabossées et enneigées, au cœur de forêts noires que les quelques heures de lumière journalières peinent à éclairer. Ponctuelle, mais pas pressée. La clope au bec, Eddie rumine en silence, un œil sur la route, l'autre sur le paysage qui défile. Cela fait quinze ans qu'ils ne se sont pas retrouvés tous les deux, sans personne à côté. Juste avant qu'elle ne se barre pour l'armée. Et les souvenirs de cette soirée brassent des choses qu'elle a préféré oublier, laisser de côté. Comme la voiture, qu'elle gare devant le terminal où la silhouette de Teddy ne va plus tarder à débarquer. Ce nouveau surnom l'agace. Rime trop avec le sien. La prive un peu de son identité.

S'allumant une nouvelle cigarette devant l'entrée de l'aéroport, la jeune femme observe le ciel et les avions, se demandant lequel d'entre eux s'apprête à livrer son éternelle malédiction au Royaume de Norvège. Ses lèvres s'étirent d'un rictus moqueur, saturé d'autodérision. Qu'importe. Elle n'est là que pour remplir son devoir, pas pour avoir une opinion. Jetant son mégot dans le cendrier le plus proche, elle se faufile entre les silhouettes impatientes pour se coller au premier rang, près des portes vitrées derrière lesquelles commencent à apparaître les passagers. Une feuille de papier est sortie de sa poche, dépliée pour mieux afficher le TEDDY en lettres capitales qu'elle a écrit plus tôt dans la journée. Et elle attend, le dos aussi droit que pendant son service militaire, jusqu'à le voir apparaître et croiser son regard, hausser des épaules comme pour s'excuser d'être là alors qu'elle s'en fout au plus haut point.

« T'as fait bon voyage ? », qu'elle demande, récupérant un de ses sacs d'autorité, lui faisant signe de la suivre sans vraiment s'attarder. « J'ai pas eu le choix. » La conclusion ne l'étonnera pas, et elle le sait, tandis qu'elle s'assure qu'il la suit en direction de la sortie, se bénissant mentalement d'avoir pensé à récupérer de la musique pour le trajet, afin d'alléger le silence. « Je nous ai choisi un appartement en plein centre ville, tu devrais l'aimer... Enfin centre ville, c'est vite dit. Disons que c'est mignon pour un village, quoi. T'aurais pu choisir une destination plus civilisée. » Le froid la gifle plus qu'il ne la frappe, lorsqu'ils sortent finalement de l'aéroport et qu'elle enfonce son visage dans le col de sa veste, lui indiquant la voiture sans prendre le temps d'enfiler ses gants. « Tu gueuleras dans la bagnole, il y a le chauffage. »
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Jeu 29 Nov - 0:11


Meute Hispanique

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▹ PSEUDO : adamantys. ▹ EMPREINTES : 12 ▹ ARRIVÉE EN VILLE : 18/11/2018 ▹ LOCALISATION : bergen, norvège.

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✤ MON INVENTAIRE:



Il en a vécu des choses dans sa vie, Teddy. L’abandon, la solitude, la peur. La joie, l’affection, la sécurité. L’espoir. Et puis la meute, les codes, les valeurs. La transformation. Les règles. La douleur. La désillusion. La fin de l’innocence.

Les coups.

Le départ.

L’absence.

Encore. Encore, et encore.

Il s’est relevé de tout. Il a accepté ses erreurs, accepté de n’être l’enfant de personne, un frère rapporté, un petit ami déplorable, un amant lâche ; il a accepté d’être un loup brutal, un atout dans la manche, un instrument de domination. D’être une arme. Il a accepté la douleur, a encaissé les coups, a léché ses blessures, et recommencé. Encore. Encore, encore et encore.

Il a tué. Le sang sur les mains, sous les ongles, à la commissure de ses lèvres, éclaboussé sur son ventre. Son goût métallique, indélébile, sur la langue, sur le palais. Il a tué. Et comme tout le reste, il l’a accepté. Appris à vivre avec.

Il ne s’est cependant jamais remis d’être tombé amoureux.

J’aurais dû m’en douter. Il la voit, et son cœur recommence à se comporter comme un putain d’abruti décérébré. Enfermé dans sa cellule d’asile, à s’éclater contre les murs capitonnés. Ses prunelles s’accrochent aux siennes. Il n’a même pas besoin de lire la ridicule pancarte qu’elle tient entre ses doigts, une façon de se foutre de sa gueule avec ce petit sourire en coin qui la caractérise tant. L’ironie du sort, peut-être bien. Qu’est-ce qu’il s’en fout. Elle est là, et au beau milieu d’une foule qui s’enroule autour d’eux, qui ondule, c’est comme si ce n’était qu’un décor flou, une débauche de couleurs sans formes qui s’agite et s’efface. Son ventre se tord, son loup a le poil qui se hérisse et un grognement un peu plaintif qui roule dans sa gorge. Et lui presse les lèvres l’une contre l’autre pour ne pas laisser échapper ce geignement de désespoir qui gratte ses cordes vocales.

Il finit par détourner le regard le premier. Elle a toujours été plus forte que lui à ce petit jeu.

Léchant sa lèvre inférieure comme chaque fois qu’il est agacé, il s’avance, le sac sur son épaule, l’autre pendant le long de son corps, et se plante devant elle, attendant la suite. Il garde le silence. Elle lui arrache l’un de ses sacs en lui demandant s’il a fait bon voyage, n’attend pas de réponse, tourne les talons, et il lui emboîte le pas alors qu’elle lui lance qu’elle n’a pas eu le choix. Une fois encore. Le choix. Et il est bien trop rationnel, bien trop logique et quand même assez intelligent pour savoir qu’elle a raison. Sa mauvaise foi pourrait le pousser à assener qu’on a toujours le choix, mais à elle, il ne peut pas.

Elle est comme lui. Un tribut. Un instrument. Ils n’ont jamais eu le choix. Même partir en Norvège n’est pas un choix.

Elle se met à déblatérer des banalités pour occuper le silence et la tension. Pour donner un semblant d’ordinaire à une relation qui ne l’est pas. Pour faire avaler la pilule de l’absence de choix. Et accessoirement celle de sa présence en terre nordique, avec lui. Pour lui. Et uniquement par obligation. Il souffle bruyamment par le nez et se raidit en rencontrant la froidure de l’air du nord. Et c’est comme une claque en pleine gueule qui le réveille et lui remet les idées en place. Il s’ébroue, comme l’animal qu’il est, et lève les yeux vers ce tout nouveau décor plongé dans une nuit perpétuelle. Les lumières de l’aéroport inondent l’endroit tant et si bien qu’ils en oublieraient le ciel noir qui s’étend au-dessus de leurs caboches, piqueté d’étoiles. Il n’y a pas de nuages. « Tu gueuleras dans la bagnole, il y a le chauffage. » Encore le silence en réponse.

La portière claque, puis la sienne, et le silence retombe avec le poids d’une chape de plomb. Il n’y a plus les bruits parasitaires de l’aéroport, son agitation qui inspire et respire plus qu’il ne le fait depuis qu’il a croisé son regard. Son silence à lui, c’est sa carapace. A New York, il y a toujours quelqu’un pour les distraire, pour faire en sorte que ces moments un peu gênants ne s’éternisent pas ; et puis, il y a toujours quelque chose à faire. Une excuse à attraper au vol. Là, en territoire inconnu, suite à un voyage sur un coup de tête, c’est différent. Totalement différent.

Il a l’air d’un gamin boudeur, il le sait. C’est pas comme si elle n’y était pas habituée, depuis vingt ans. Et ce n’est pas comme si ce masque lui collait à la peau, depuis vingt ans.

Si elle savait.

Son cœur s’est à peine calmé.

« Je suppose que tu t’es aussi occupée d’annuler ma réservation dans l’hôtel que j’avais choisi le temps de me trouver un appartement ? » L’aéroport s’éloigne derrière eux quand il prend enfin la parole. Il prend soin de regarder par la fenêtre cet étrange décor qui se découpe difficilement entre les lumières artificielles et l’obscurité de la nuit, cette neige qui réussit malgré tout à se faire voir et dessiner quelques courbes. « Et qu’Ethel a fait envoyer mes cartons directement à cette adresse. » Ethel. Sa mère. Enfin, ce qui s’en rapproche le plus, sans l’être vraiment. Plutôt l’épouse de l’homme qui l’a recueilli et qu’il a tué. Et la raison pour laquelle il est parti.

En plus d’une autre.

Qui est avec lui.

Ethel est aussi aveugle que Donald Trump à propos du réchauffement climatique.

Ou alors il est vraiment un très bon acteur.

Il mériterait un Oscar.

Il inspire et tourne enfin le regard sur le pare-brise, face à lui. Il la voit à la périphérie de son champ de vision. Et même s’il ne la voyait pas, il la ressent, de tout son être. Sa chaleur, son parfum, son essence, son aura. Tout. Et c’est tellement… tellement… Il soupire.

« Pardon. J’étais à côté d’une vieille qui a tenu à me raconter sa vie par le menu. » Mensonge. Il a dormi durant tout le trajet. « Merci. Pour… tout ton travail. Ethel a dû suivre tes progrès à la lettre. »
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Jeu 29 Nov - 22:24


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▹ PSEUDO : C. ▹ EMPREINTES : 21 ▹ ARRIVÉE EN VILLE : 18/11/2018 ▹ LOCALISATION : Dans les pattes d'un sale gosse. ▹ HUMEUR : Blasée.

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LONG NIGHTS



« Riders on the storm
Into this house we're born
Into this world we're thrown
Like a dog without a bone
An actor out on loan  »

Les portières claquent, et un souffle chaud est craché dans la coupe improvisée de mains féminines, pour ramener un peu de vie dans les doigts crispés de l'américaine qui n'a pas encore les réflexes de survie élémentaire à qui entend affronter le grand froid au quotidien. La Norvège. Lui qui n'a jamais foutu un pied hors du continent américain ne pouvait pas se contenter d'un voyage dans le Bayou... Elle aurait préféré, pourtant, si on le lui avait demandé mais ce n'est pas comme si elle avait été consultée sur la question. Arquant un sourcil moqueur, elle jette un regard en coin à son passager, fermement occupé à bouder dans son coin. La voiture démarre sans attendre que Teddy ne se donne la peine de briser le silence, habituée qu'elle est à ses absences de réponse.

Et la Norvège défile, dans les fenêtres déjà parsemées de sel, de boue et de poussière. Partout, la nature domine et intimide, du haut de ses angles acérés au blanc abyssal de ses profondeurs. La neige contraste au pied des forêts avec l'audace de la lune moqueuse qui illumine la nuit qui tombe à nouveau. Le Loup n'aura pas vu le jour. Et Eddie compte, elle compte et à rebours, le temps qu'il faudra à son compagnon d'infortune pour lui dégoiser un mot. Les habitudes ont la vie dure.

Cinq.
Quatre.
Trois.
Deux.
Un.

« Je suppose que tu t’es aussi occupée d’annuler ma réservation dans l’hôtel que j’avais choisi le temps de me trouver un appartement ? » Zéro. La connasse se mord la lèvre inférieure pour ne pas balancer une vacherie, une plaisanterie d'un goût plus ou moins douteux qui voudrait détendre l'atmosphère. Et échouerait lamentablement. Cela fait vint ans qu'il ne lui parle plus, elle n'a même plus l'envie de s'en offusquer, c'est une manie qui lui est passée il y après de seize ou quinze années. Les prunelles accrochées à la route, les doigts enroulés autour du volant, Eddie écoute Teddy qui s'empêche de gueuler, qui n'a jamais un mot plus haut que l'autre, qui sait si bien se contrôler. Malgré toute sa contrariété après le sale coup familial, il restera cordial. La protectrice ne craignait pas grand chose, n'a d'ailleurs jamais craint ni ses humeurs ni ses fureurs. Il y a quelque chose entre les côtes du Loup qui l'a toujours rassurée. Toujours. Même après qu'il l'ait rejetée, même après que leurs chemins se soient séparés. Surtout après qu'il l'ait abandonnée. Quand elle s'est sentie seule, désespérée puis libérée. Sans attache. Sans rien de plus que cette route qui lui permet d'avancer, comme cette voiture qui affronte la nuit et la neige. Et qu’Ethel a fait envoyer mes cartons directement à cette adresse. » Le moteur ronronne en seule réponse, à mesure qu'elle accélère, profitant d'une belle ligne droite pour s'offrir un égoïste moment de sauvagerie mécanique.

Il n'a pas fini, Teddy.

« Pardon. J’étais à côté d’une vieille qui a tenu à me raconter sa vie par le menu. » Comme elle compatit. Et elle sourit, malgré elle, osant se demander combien de chats elle pouvait avoir, la vieille, et à quel point elle les aime. « Merci. Pour… tout ton travail. Ethel a dû suivre tes progrès à la lettre. »

Un rire lui échappe, léger, gardé prisonnier entre ses lèvres scellées. Quelques secondes s'évaporent entre eux. « T'inquiète. » Sans trop s'attarder, maintenant qu'il a parlé, Eddie allume l'autoradio qui se met immédiatement à chanter un air de rock des années 70 qu'elle affectionne. Riders on the Storm. « Et tu supposes bien. Mais je t'ai déjà dit d'arrêter de me remercier. » C'est mon boulot, tu sais. Mais elle ne le dit pas, s'épargne l'évidence de la hiérarchie qui l'a poussée à le suivre. Nul besoin d'être un génie pour se rappeler à quel point elle déteste le froid, et depuis qu'ils sont tous petits. Et il y a la musique, et le bruit du moteur, et la Norvège qui défile, défile et défile encore, leur offrant le spectacle extraordinaire et effrayant d'un crépuscule à 14h.

Et ça lui suffit, Eddie.

La bagnole roule encore un quart d'heure avant de retrouver les petites rues de Bergen et son orée portuaire, jusqu'à s'arrêter devant une maison en bois, peinte en bleu. Trois étages aux fenêtres cerclées d'un blanc que les éléments n'ont pas encore su écailler. « On est arrivé. » L'évidence. Les deux bottes s'enfoncent dans une flaque de neige fondue avant qu'elle ne contourne le véhicule, en ouvre le coffre et récupère le sac qu'elle a dérobé un peu plus tôt. Il faut une seconde ou deux à Teddy pour la rejoindre. « Il y a un appartement par étage, on est au troisième. » Une main effleure une épaule, lui indique la porte du bâtiment, le pousse un peu en direction de sa nouvelle maison. Il a toujours été courageux, aventurier, curieux... Alors elle l'invite à cavaler, à dévorer les marches qui mènent vers une nouvelle existence, loin des ciels ombragés d'un New-York maudit et adoré, connu depuis toujours, sale de mauvais souvenirs. Les clés volent d'une main à l'autre, pour lui permettre d'ouvrir la porte de l'appartement.

L'entrée est petite, un long couloir pensé pour abandonner les couches lourdes de vêtements avant de rejoindre la vaste pièce principale, avec sa cuisine ouverte, son espace salon encombré de deux canapés dégueulant de confort, son immense table à manger en bois massif et ses chaises molletonnées, les étagères à moitié vides, les fenêtres nombreuses mais minuscules, pour laisser passer la lumière mais empêcher la chaleur de sortir. « Andrea m'a dit de t'acheter la PS j'sais plus quoi et la X machin truc, il faudra que tu les branches toi-même, j'ai eu la flemme. », elle lâche en même temps que le sac qui tombe au sol dans un bruit mat. Se délestant de ses pompes et de sa veste, Eddie esquisse quelques pas jusqu'au milieu de la pièce, désignant la porte laissée volontairement ouverte au moment de son départ. « Ta chambre. La plus grande. Tu as ta propre salle de bain. Le bureau mitoyen est aussi pour toi. » qu'elle déclare. « Je m'occuperai du loyer tant que tu n'auras pas commencé à bosser, on verra après. Pour la répartition des corvées, ça attendra le dîner, si ça te va. » Et elle laisse le temps filer, un instant, enrobé de silence, l'observant à la dérobée, enregistrant ses réactions avec une précision chirurgicale. Ses bras viennent se croiser contre sa poitrine, l'enrouler dans un peu de chaleur, de confort. « Je t'ai laissé un double des clés et de toute la paperasse sur ton lit. J'ai vu avec l'alpha de la meute sur le territoire duquel on se trouve, aussi... Je crois que c'est tout... » Un sourcil s'arque, tandis qu'elle plonge son regard dans le sien, considérant la distance qui les sépare. « Des questions ? Des remarques ? » Et de sourire, sans jamais en démordre. « Je te rassure, j'ai appris à cuisiner autre chose que des pâtes depuis la mort de John. »
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Ven 30 Nov - 23:15


Meute Hispanique

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▹ PSEUDO : adamantys. ▹ EMPREINTES : 12 ▹ ARRIVÉE EN VILLE : 18/11/2018 ▹ LOCALISATION : bergen, norvège.

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Avant toute cette merde – avant le meurtre – il avait eu envie de tout plaquer. De partir, d’abandonner la partie, d’en commencer une autre, loin d’une meute d’emprunt et des rues bourdonnantes d’une ville indifférente. Fatigué. Epuisé. Vidé. Plus rien ne ressemblait à rien. Les environs lui étaient apparus nappés de ténèbres, l’horizon trop étroit, son avenir trop étriqué. Et quel avenir, d’ailleurs ? Il se souvenait avoir étouffé, et s’était pris à rêver de liberté. De la vraie liberté. De celle qui souffle sur son échine et qui conduit ses foulées. Et puis, il avait tué.

La Norvège, c’est cette fenêtre de liberté qu’il s’est décidé à s’octroyer. Le seul droit qu’il a revendiqué, avant d’être enchaîné. Alors, cet immeuble qui se dresse devant lui insuffle dans sa poitrine ce souffle qu’il avait espéré, avec cette foi qui n’appartient qu’aux condamnés. Il inspire l’air glacé, et sa poitrine se gonfle, et il y a cette sensation d’être transporté, de se sentir léger, de se sentir libéré. Et il remarque alors qu’il n’a jamais ressenti ça de toute sa vie. Et ça lui donne le tournis.

Un sourire éclaire son visage, et ses prunelles pétillent. Comme un gosse. Et Eddie qui se tient à ses côtés et lui présente les lieux, il y a comme une intimité qui donne une autre dimension à cette nouvelle aventure. A cette nouvelle page qui se tourne. Ca ressemble tellement à ce à quoi il aurait pu rêver.

Et puis il se rappelle.

Il y a un poids qui s’abat sur son cœur. La morsure. Le danger. La mort. C’est inéluctable. Et c’est un risque qu’il refuse de prendre depuis vingt ans, et qu’il continuera de refuser de prendre. Pour elle. Pour eux. Et pour lui, aussi.

Il y a tout un monde entre une vie loin d’elle et une vie sans elle.

Elle est entrée, mais il observe encore les alentours. Oui, il se rappelle, mais il y a tout ce nouveau décor, cette page blanche qui s’offre à lui. Son année de césure, son année de répit. L’année de tous les possibles. Il a toujours son sourire au bec, l’œil vif. Il n’aura plus jamais cette chance d’être libre, de vivre pleinement ; ou de vivre, tout simplement. Parce qu’il a le sentiment qu’il n’a jamais vécu. Jamais vraiment. Il n’a jamais dit pourquoi il était parti. Pourquoi il avait choisi le Grand Nord européen plutôt que d’aller découvrir la neige et les montagnes au Canada, par exemple, plus proche d’eux, plus proche de sa meute. La vérité est qu’il crève d’envie de découvrir autre chose, qui n’ait rien à voir avec l’endroit où il a grandi. Où il a été élevé. Où il a été formé. Engrangé ce qu’il peut, pour ne rien regretter.

Il entre, grimpe les escaliers et se rend dans l’appartement. Sur le pas de la porte, il embrasse la pièce du regard. L’endroit est si différent de leur appartement. Aménagé pour garder le plus d’espace possible, un grand loft dans les règles de l’art, percé de fenêtres, du mobilier juste ce qu’il faut, pas l’encombrement d’Ethel. De la modernité. Eddie lui présente les lieux, mais il n’écoute que d’une oreille. Il n’a qu’un rectangle de vue sur la chambre qu’elle lui désigne, et il enregistre sans vraiment écouter qu’il dispose de la plus grande. Puis elle parle de double de clé, de double des papiers, de l’alpha de la meute. Il a toujours été habitué à n’avoir rien à faire, parce que c’était son boulot, et en soi, ça ne le dérange pas, essentiellement parce qu’il n’aurait jamais pensé à la moitié des choses à faire comme elle en avait l’habitude. Mais parfois, entrer et mettre les pieds sous la table prend un aspect assez gênant, et lui qui est venu pour pouvoir être libre, voire seul, se retrouve chaperonné comme un enfant.

« Des questions ? Des remarques ? » Il hoche négativement la tête, parce que rien ne lui vient pour le moment. Peut-être plus tard. De toute façon, il ne sait même pas s’il doit vraiment poser une question, tout doit être fait, il n’a sûrement plus qu’à s’enrouler dans ses couvertures et tapoter sur sa tablette pour se renseigner sur la région. Et puis, il y a cette remarque. « Je te rassure, j'ai appris à cuisiner autre chose que des pâtes depuis la mort de John. » L’oreille du loup se raidit, et il y a comme un troupeau de buffles composé des mots qu’elle a prononcé plus tôt qui s’emplafonne contre les parois de son crâne.

Son attention se tend vers elle. Elle a retiré veste et chaussures. Elle parle de double des clés – ce qui pourrait être normal pour un protecteur mais ne l’est pas dans sa bouche –, de chambre plus grande, de sa propre salle de bain, d’une pièce qu’elle lui laisse comme bureau. Et qu’elle sait faire autre chose à manger. Son sourire, qu’il avait conservé durant tout son examen, disparaît, l’éclat de ses prunelles également.

C’est une blague.
Une énorme blague.
Une putain d’énorme blague.

Il entre, marche vers sa chambre, laisse tomber son sac sur son lit. Une vieille diversion afin de prendre un peu de temps, de digérer. Parce qu’il y a son cœur, dans sa poitrine, son putain de cœur qui a fait un bond et qui se planque comme la plus grosse poule mouillée qui existe, parce que c’est impossible, parce que non, pas maintenant, pas comme ça, jamais, en fait. Ce cœur qu’il a envie d’arracher de ses griffes de loup. Il ouvre son sac, inutilement, parce qu’il n’a rien à y prendre. Il doit dire quelque chose. N’importe quoi. Une connerie, comme toujours. Ou simplement, être le sale con qui reste loin et lui fout des vents de la force d’un typhon et faire comme si de rien n’était.

Comme depuis vingt ans.

« La chambre est un peu juste pour ma resplendissante personnalité, mais ça devrait convenir. » Il s’avance, effleure le comptoir du bout du doigt, puis se tourne vers la télévision. « Que ne ferais-je sans Andrea. » Il s’agenouille devant les console, puis soulève l’une des deux boîtes en se tournant vers Eddie. Il a son regard qui se plante dans le sien. Il a retrouvé tout son aplomb, toute sa carapace de caméléon et reprend son rôle qui lui colle comme une seconde peau. « Ca, c’est la PlayStation 4. » Puis il repose la boîte et soulève la seconde. « Et ça, la Xbox One. » De nouveau, il repose la boîte puis les couve d’un regard songeur. « Dommage, la Switch aurait été sympa. J’aurais bien rejoué à Pokémon, ça fait un bail. » Il entreprend d’ouvrir les boîtes et d’en sortir consoles et câbles.

« Une partie de Call of Duty pour baptiser ce nouvel appartement ? Je suis sûr que tu vas adorer. » Repousser l'échéance. Faire comme si de rien n'était. Faire l'autruche. Tout plutôt que de devoir affronter le fait qu’elle n’est pas juste sa protectrice sur ce territoire, mais désormais sa colocataire.
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Sam 1 Déc - 14:05


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▹ PSEUDO : C. ▹ EMPREINTES : 21 ▹ ARRIVÉE EN VILLE : 18/11/2018 ▹ LOCALISATION : Dans les pattes d'un sale gosse. ▹ HUMEUR : Blasée.

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LONG NIGHTS



« Ta bouille de gamin et ton grand sourire
Ta tronche de super copain quand fallait s'enfuir
Courir pour courir
C'était bien »

Le silence. Puis le frisson. Une vie passée au contact des Loups et une éducation militaire ont acéré le sens de l'observation d'Eddie bien au-delà de la normale. Alors elle voit, perçoit, ressent l'infime raideur qui parcourt soudain Théodore. Elle, qui s'apprêtait à rejoindre sa propre chambre, se retourne vers son vis-à-vis, juste à temps pour voir ce sourire qui s'efface, ce regard qui se meurt, l'évidence de la colocation qui se fraie un chemin à travers ses neurones. Et le dégoût sur sa gueule. Une putain de claque dans la sienne. Juste le temps d'une déception. Lui s'enfuit, se tire dans sa chambre, tout affairé à son sac, à ses conneries. Elle hausse des épaules dans son dos et serre les crocs. Les mots n'auraient aucun sens, quand bien même elle pourrait lui dire que ses caprices vont la fatiguer s'ils ont déjà commencé, qu'elle ne peut pas le laisser seul sur un territoire inconnu où les loups se déchirent et les chasseurs se multiplient, que la situation durera jusqu'à ce qu'elle soit sûre qu'il ne craint rien et qu'ensuite elle partira. Que si c'est ce qu'il veut, elle partira. Qu'il aura le choix. Après, plus tard. Qu'elle déménagera, ailleurs. Pas loin. Ou qu'elle rentrera. Que si c'est ce qu'il veut, elle rentrera. Mais elle ne dit rien, parce que les mots n'auraient aucun sens, parce qu'il garde le silence et qu'elle lui laisse l'intimité de son inimitié à son égard. Parce que c'est à lui et qu'elle n'a pas le droit de se l'approprier, même si elle est la première concernée.

Les bras toujours croisés sur sa poitrine, Eddie contemple le plafond, soupire puis se met en mouvement, doucement, pour déambuler d'une lampe à l'autre, allumant toutes les sources de lumière et autres technologies de luminothérapie dans lesquelles elle a investies afin de ne pas sombrer dans la folie. Et puis il revient, son masque savamment remis en place. « La chambre est un peu juste pour ma resplendissante personnalité, mais ça devrait convenir.
- Tu peux mettre ton lit en plein milieu du salon si tu préfères, mais ça risque d'être gênant quand tu voudras ramener des filles. » Et elle sourit, Eddie. Toujours. Se tourne vers le gosse qui s'agenouille devant ses consoles et remercie sa sœur, sans vraiment comprendre que ce n'est pas Andrea qui est à l'origine de l'achat. Qu'importe. Profitant du retour des faux-semblants, la silhouette féminine atterrit sur l'accoudoir d'un canapé, hochant du chef à la présentation des boîtes, observant le loup se débattre avec les branchements des machines de malheur. « Dommage, la Switch aurait été sympa. J’aurais bien rejoué à Pokémon, ça fait un bail. » Le nom s'ancre à la liste mentale qu'elle dresse en permanence. Et la vie suit son cours, tranquillement. Ce ne sont jamais que deux connards qui se mentent avec la brutalité d'un arracheur de dents. Vingt ans qu'il la déteste, vingt ans qu'elle l'ignore après qu'il lui ait brisé le cœur. Et les voilà dans un salon tous les deux à discuter de la pluie et du beau temps, de consoles de jeux et d'autres banalités... « Une partie de Call of Duty pour baptiser ce nouvel appartement ? Je suis sûr que tu vas adorer. » Et ça la frappe, ça claque, ça manque de lui briser les cervicales. Une nanoseconde. Le retard d'un battement cardiaque. Voilà vingt ans qu'elle n'a pas touché une manette. Vingt ans. Et la dernière fois, c'était avec lui. Ils étaient tellement petits, en permanence accrochés l'un à l'autre, à se planquer sous les lits pour pouvoir rester ensemble la nuit. Ils pouvaient passer des heures devant l'écran, à enchaîner niveaux en bouffant des bonbons haribo. C'est étrange, elle avait presque oublié. Elle a presque tout occulté. Et elle a la prunelle troublée, le temps d'un instant... Mais il ne voit rien et l'indifférence reprend sa place. Il ne sait pas, et ne dois jamais savoir. N'a pas entendu les Théo désespérés qu'elle a pu hurler devant la maison, il y a de ça deux fois dix années. Ne s'est pas inquiété de savoir comment elle allait, si elle lui survivait. Il l'a laissée crever et elle ne l'a jamais oublié... Aurait cependant préféré ne pas se rappeler de tout ce qui a précédé la trahison. Il faudra qu'elle s'habitue, au moins les premiers jours, qu'elle tende la joue et serre les dents. Ce n'est qu'une banale question d'adaptation, et la seconde passe, et la normalité reprend ses droits. « Pourquoi pas ? » qu'elle souffle, se levant pour s'étirer avant de s'approcher. « Je pense être positivement nulle à ces trucs-là mais si c'est ta vision d'une pendaison de crémaillère, allons-y. » Quelques pas se dessinent entre eux, jusque dans la cuisine dont elle récupère un paquet de chips et un pack de bières, ramenés jusqu'à la table basse. Teddy s'occupe des branchements, elle s'échappe dans sa chambre pour se changer et réapparaître vêtue d'immenses chaussettes  qui lui remontent jusque mi cuisses et d'un pull beaucoup trop grand. « C'est bon ? » qu'elle demande, en échouant dans le canapé.

Et ils jouent, les gamins d'autrefois. Il lui apprend comment survivre dans cet univers virtuel impitoyable et elle l'écoute doctement, se fait buter une paire de fois. Bonne perdante qui grommelle un ou deux commentaires sur la vraie guerre. Leurs épaules se percutent, quelques fois, et Eddie ne peut s'empêcher de tourner la manette lorsque son écran ne fait pas ce qu'elle veut. Et elle rit. Ils rient. Ça bouffe des chips et ça boit de la bière en se tirant la bourre entre deux morts « pour du faux ». Ça oublie le temps qui passe et ça ne fait pas attention à l'heure, dans la nuit noire qui a des airs d'éternité. Et ça se marre, ça plaisante à demis mots. Puis elle se prend au jeu, un peu, et se fige la seconde d'après. Game over. Sur l'écran, et ailleurs. « Je vais m'arrêter là. Qu’est-ce que tu veux manger ? » Déposant sa manette entre leurs carcasses, la protectrice se relève, s'étire encore une fois avant de se traîner jusque derrière le comptoir, près du frigo. « Tagliatelle carbo ? », elle interroge, sans vraiment attendre la réponse, ouvrant le réfrigérateur et commençant à sortir les ingrédients, à mettre de l'eau à bouillir sur le gaz, à couper le lard et préparer le dîner improvisé. Ce n'est pas vraiment l'heure, c'est le besoin de s'épargner des erreurs. Elle sort une bouteille de vin rouge, s'en sert un verre. Laisse la bouteille sur le comptoir avec un verre vide. Et elle oublie, le reste. Lui. La Norvège. Toute la pièce. Elle se répète en boucle les instructions à suivre pour ne pas se couper un doigt ou empoisonner quelqu'un. Et elle s'évapore quelque part dans un recoin de sa cervelle pour réapparaître au monde une vingtaine de minutes plus tard. « C'est prêt. » Deux bols fumants entre les mains, elle lui tend le sien et s'installe sur une chaise, ramenant ses jambes contre son torse, l'air songeur. « Bon appétit, Teddy. »
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Long Nights {Teddy}

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